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PORTRAIT

"Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand.e ?"

 

Depuis qu’elle est toute petite, Charlotte a la réponse à cette question. Plongée dans l’environnement montagnard par sa famille, elle observe la nature dès son plus jeune âge. Une passion qui se consolide en grandissant, au fil des rencontres et des découvertes.

Après des études dans l’environnement, elle réalisera que ce ne sont pas seulement la nature et la botanique qui la passionnent. Qu’en est-il de l’humain, et de la relation qu’il entretient avec le monde végétal ? C’est au cœur du Queyras, un territoire exceptionnellement préservé des Alpes du Sud, que l’opportunité d’allier ces deux domaines s’est présentée. Charlotte y découvre une région enclavée et authentique, dans laquelle les anciens vivent encore aujourd’hui en relation étroite avec leur environnement naturel. Plantes comestibles, médicinales, vétérinaires… Dans un monde rural montagnard où la vie peut être rude, la nature est une alliée de poids pour soigner les maux du quotidien. Charlotte part à la rencontre de ces habitants des hauteurs, afin de recueillir leurs savoirs ancestraux. Soucieuse de ne pas laisser ce patrimoine exceptionnel sombrer dans l’oubli, elle réalise sa première étude ethnobotanique sur les usages traditionnels des plantes de montagne.

Comment transmettre alors ce savoir préservé ? Son diplôme d’ethnobotaniste en poche, Charlotte s’installe à Servoz, en Haute-Savoie. Au fil de ses cueillettes sauvages, elle continue d’apprendre et d’expérimenter, et s’inspire de tous ces savoirs recueillis pour créer son métier : faire découvrir les plantes sauvages de montagne et leurs usages, par le biais d’ateliers et de sorties, mais aussi par la fabrication de produits issus de sa cueillette. Son objectif ? Valoriser et transmettre à son tour ce que les anciens lui ont raconté.

Avec Hautes Herbes, Charlotte souhaite donner l’opportunité à chacun.e d’entre nous de réapprendre à connaître notre environnement naturel, de se réapproprier les savoir-faire ancestraux par la pratique pour se servir de la nature à bon escient, et d’y trouver notre place tout en la préservant.

 

Par Pauline Métay.
 

Hautes Herbes recherche...

ENQUÊTE ETHNOBOTANIQUE

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DERNIER ARTICLE

Marie au hameau des Hières (05) par Fred Laffont-Féraud. Source : DVD « Haut-Alpins, paroles de montagnards »)

ÉTUDE ETHNOBOTANIQUE : recueil et valorisation des usages traditionnels des plantes dans le massif du Queyras. [EXTRAITS]

  • Les femmes et la cueillette

Les femmes queyrassines - début du XXème siècle.
Saint-Véran. (Source : Archives PNR Queyras).

« Alors que le printemps arrivait, l’institutrice nous emmenait l’après midi dans les champs. Nous ramassions des fleurs, des herbes et elle nous faisait une leçon sur les plantes ramassées. Nous apprenions mieux par ce biais que dans les livres ».


« Quand venait le temps des fleurs au printemps, les femmes cueillaient des plantes et des fleurs pour se “faire quelques sous”. Ces récoltes ne rapportaient pas beaucoup aux femmes, mais cela leur permettait tout de même d’acheter, sans grèver le budget du ménage, un ruban pour son bonnet, ou un petit tablier pour le dimanche, ou encore - quel luxe - un quart de café qu’elles dégustaient entre elles, en cachette des maris ».


Antoinette Meissimily, QUEYRAS - 1925.

  • Les usages médicinaux

L’enquête ne permet pas seulement de répertorier un catalogue d’usages de plantes, mais également de révéler une société, une manière de vivre, de concevoir l’environnement, le corps, la maladie et de la nommer.

Dans les sociétés montagnardes, certaines pathologies affectent particulièrement les habitants. Refroidissements, traumatismes de la peau, blessures, maux de ventre sont le lot quotidien des montagnards, qui doivent lutter rapidement contre ces affections avant qu’elles ne s’aggravent. « Un rhume pouvait se transformer en une pneumonie, parfois mortelle si elle était mal soignée ». Elles sont liées au climat froid et humide, au travail dans les champs et en forêts et, à une certaine époque, à l’alimentation peu diversifiée surtout pendant la période hivernale.
Lors des entretiens, on remarquera qu’une plante ou une préparation ne permet pas de lutter contre une maladie mais que c’est bon pour […]. Chacun a sa manière de décrire un symptôme. Il nous sera cité des expressions qui feront appel aux organes, à un état physique ou à une situation.

Planches de l'herbier : Millepertuis perfofé (Hypericum perforatum L.) et Achillée millefeuille (Achillea millefolium).  Utilisées pour les traumatismes de la peau.

Ainsi le génépi (Artemisia umbelliformis), l’hysope (Hyssopus officinalis L.) « c’est bon pour les coups de froid». La pensée, la sauge (Salvia pratensis L.), le tussilage (Tussilago farfara L.) et le bouillon blanc (Verbascum thapsus L.) « c’est bon pour les bronches ». L’arnica (Arnica montana) « c’est bon pour les coups et les bleus ». Le millepertuis (Hypericum perforatum L.) « c’est bon pour les brûlures, les coups de soleil, les gerçures et les crevasses ». L’achillée (Achillea millefolium L.) et le plantain (Plantago lanceolata ou major) « c’est bon pour soigner les plaies ».
Aussi, les habitants du Queyras avaient l’habitude de faire des veillées au coin du feu après les dures journées de travail « aux champs ». Ils se réunissaient dès la tombée de la nuit pour passer le temps en bonne compagnie et souvent pour effectuer un travail en commun (tricots pour les femmes par exemple). C’est l’occasion de boire « le digeot » soit les liqueurs apéritives ou dépuratives de gentiane jaune (Gentiana lutea), les liqueurs digestives d’hysope et de génépi (Hyssopus officinalis L., Artemisia umbelliformis). Egalement les infusions digestives de serpolet (Thymus serpyllum L.), les infusions d’absinthe (Artemisia absinthium L.) et de mauve (Malva sylvestris L.) pour les maux de d’estomac, les infusions calmantes de camomille (Matricaria recutita).

Planches de l'herbier : Génépi (Artemisia umbelliformis), l’hysope (Hyssopus officinalis L.)

  • Les usages comestibles

On relèvera évidemment pour cette partie, la fameuse soupe d’herbes sauvages composées des nombreuses plantes présentes dans les prairies du Queyras. Ce sont le plus souvent les femmes qui allaient cueillir et préparer ces plantes pour le repas du soir. On notera donc le Chénopode Bon-Henri (Chenopodium bonus-henricus L.) ou épinard sauvage (qui est d’ailleurs aujourd’hui la base du gratin d’Oreilles d’âne, une spécialité culinaire des Hautes-Alpes), l’ortie (Urtica dioica L.), la petite oseille (Rumex acetosella), la berce (Heracleum sphondylium) dont les bourgeons sont aussi cuisinés comme les brocolis, les feuilles de renouée bistorde (Polygonum bistorta L.) et de plantain (Plantago lanceolata ou major) également cuisinées en omelette.
Aussi, on remarque dans le Queyras l’abondance de différents arbustes fruitiers sauvages. L'argousier (Hippophae rhamnoides L.), l’églantier (Rosa canina), l’épine vinette (Berberis vulgaris L.). Cependant beaucoup des enquêtés, principalement les anciens montrent peu d’intérêts pour ces espèces qui sont pourtant caractéristiques du Queyras. Pour les agriculteurs, la présence de ces arbustes est même perçue comme une gêne notamment pour la fauche, et « ça ramène des saletés dans le foin ». C’est surtout l’églantier, qui est pointé du doigt : Il peut devenir envahissant, « et ça, pour le détruire, il faut l’arracher, sinon ça repousse de plus belle ; ou le tailler en regardant la lune, puis à l’automne, quand la sève est descendue ».

Planches de l'herbier : Berce (Heracleum sphondylium) et Chénopode Bon-Henri (Chenopodium bonus-henricus L.)

© 2017 - Charlotte Passelègue - HAUTES HERBES - 74 310 SERVOZ - N° SIRET : 837 868 603